Les Amanins, un modèle d’entreprise à partager

Les Amanins – naissance d’un centre agro écologique d’exception

Les Amanins, Michel Valentin et Pierre Rabhi

Michel Valentin, fondateur du centre agro écologique des Amanins avait tout réussi dans sa vie. Entrepreneur à succès, au sens classique du terme. Il avait fait fortune comme chef d’entreprises (de plusieurs) pour arriver au constat suivant : devenir riche n’implique pas d’être plus heureux.

Il fallait donc autre chose pour vraiment réussir. C’était le point de départ d’une fantastique transformation vers cette quête du bonheur et d’entreprendre.

Après avoir rencontré Pierre Rabhi, il décide de mettre sa fortune au service  de la « sobriété heureuse »… un nouveau projet d’entreprise… pas du tout comme les autres, avant tout dirigé au service de l’homme en lien avec la nature via l’agro écologie.

Pierre Rabhi avait dit « donnez moi des millions, je saurai quoi en faire ». Michel Valentin est arrivé avec ses millions pour relever ce défi, dont les Amanins sont devenus le fruit.

A la suite de cette rencontre improbable, le projet sort de terre en 2003

Les Amanins – un autre type d’entreprise

Les Amanin, c’est une véritable entreprise avec son propre système de gouvernance

Les Amanins, c’est une forme d’entreprise atypique avec 17 salariés et 3 entités juridiques interdépendantes qui garantissent l’équilibre dans l’entreprise et ses multiples activités (voir plus bas).

Je dirais même que c’est un modèle, dont beaucoup de monde pourrait bien s’inspirer et qui tend d’ailleurs à se répliquer dans d’autres régions.

Dans ce modèle, il y a non seulement le respect des hommes et de la nature, mais il y a aussi une recherche d’autonomie très poussée…

En 2012, à la mort de Michel Valentin, son fondateur, l’équipe a du transformer le projet afin d’en conserver les valeurs et les activités, tout en modifiant le sytème de gouvernance, qui ne tenait plus. Pas facile de prendre la relève une fois le leader partis. Mais là, la relève est bel est bien assurée.

Depuis aux Amanins, on pratique le salaire unique et c’est une décision de l’équipe dirigeante et d’encadrement.  L’un des buts recherché étant de valoriser le travail de la terre à sa juste valeur, liée à sa fonction nourricière si essentielle pour nous tous.

En termes d’organisation, l’équipe fonctionne par cercles de décision où chacun a une voix et où tout le monde doit être d’accord pour valider une décision. Oui, tout le monde. Pas juste la majorité. Les cercles sont organisés par activité pour par service, par exemple le Cercle production agricole / élevage, le cercle accueil / formations ou encore le cercle lié à l’école et à l’enseignement aux enfants (voir photo).

Chaque cercle a un budget propre et 1 fois par mois tout le monde se réunit pour une réunion inter pôles (le cercle projet) afin de s’assurer que tout le monde va bien dans la même direction et pour échanger sur les sujets transverses.

Pour la suite, un système d’intéressement pourrait s’ajouter à ce fonctionnement de base, qui permet déjà à la structure de fonctionner à plein régime.

Activités et services proposés aux Amanins

Un concentré de savoir et de compétences d’avant garde au service de l’homme et de la nature

Ici, les activités produites par la structure des Amanins sont nombreuses (produits et services), très complémentaires les unes des autres, et bien sûr elles servent toutes la même cause. 🙂

Entre production maraîchère et céréalière, élevage et produits de la ferme, transformation des produits en fromages, en farine puis en pain sur place et même vente directe via sa petite boutique ou encore la formation d’adultes à l’agro écologie et la formation des enfants via une méthode d’enseignement révolutionnaire préférant le vivre ensemble et la tolérance au chacun pour soi, la ferme des Amanins est un concentré de compétences d’avant garde sur tous ces domaines.

L’école des Amanins a d’ailleurs une liste d’attente impressionnantes de parents qui rêvent d’y placer leurs enfants parmi les 34 chanceux, répartis en plusieurs niveaux dans 1 seule classe.

La boutique sert aussi pour diffuser et vendre un certains nombre de publications : livres, revues ou DVD des films produits en lien étroit avec les travaux menés ici.

Les Amanins, c’est aussi l’accueil à la ferme, jusqu’à 80 personnes simultanément à plein régime, dans des cabanes ou maison de paille éco construites. Cette fonction d’accueil est prévue pour assurer les nombreuses formations et stages proposés aux adultes aux différentes facettes de l’agroécologie et aussi pour accueillir les touristes qui viennent simplement se ressourcer ici.

Les Amanins assurent de même l’éco construction des bâtiments. Une bonne partie des matériaux de construction ayant été produits sur place.

Le réfectoire des Amanins et la structure dans son ensemble est à 80% autosuffisant sur l’alimentation. On y mange des petits plats préparés à base des aliments produits sur place. 30 000 repas bio par an y sont servis.

Ah et j’oubliais presque que les Amanins, c’est aussi la possibilité pour ceux qui le souhaitent d’organiser leur séminaire d’entreprise dans un cadre hors normes en louant une partie des lieux et services proposés sur place, tout en recréant un lien avec la nature et la terre.

Une entreprise à la recherche de l’autonomie

Les Amanins ont dès le début prévu de tendre vers l’autonomie financière et économique, mais pas que. On y poursuit aussi l’autonomie en énergie et immobilière sur l’ensemble des bâtiments 🙂

  1. Financière – 4 millions d’euros ont été investis au début pour monter 1 SCI (Société Civile Immobilière), une association pour salarier les constructeurs des locaux et bâtiments du site, la cuisine, les formateurs et une SCOP. Grosse masse salariale au début aux Amanins.
  2. Immobilier – 1 collectif est propriétaire des lieux… la SCI gère l’école. La SCOP gère la production d’aliments, la transfo agricole, l’accueil.. les salariés sont associés au bout de 2 ans et 3 mois. . 2500 euros au capital a apporter… 50e par mois. La SCOP paye un loyer a la SCI.. et ça paye une partie des salaires de l’école.
  3. Alimentation – l’autonomie a atteint les 90% au niveau alimentaire, avec la production de boulgour, poichiches, de lait de vache et brebis, de fromages et yaourts et crème chantilly, de produits issus du cochon et d’agneaux et encore issus des 2,5ha de culture maraîchère.
  4. Energie – là aussi la maximum d’autonomie est requis avec des panneaux qui captent l’énergie solaire pour chauffer toute l’eau sur l’ensemble de l’installation et l’installation d’une éolienne de 20kw qui suffirait pour couvrir les besoins en électricité du site / ou 10 Kw + du photovoltaïque. Enfin le chauffage au poêle à bois a été installé dans les habitations pour logement des stagiaires et vacanciers.

Gestion des déchets aux Amanins

Comme toute Eco-entreprise, les Amanins soignent leur activité et toutes les externalités liée à cette activité, autrement dit les déchets aussi doivent entrer dans un cycle d’économie circulaire.

Les stagiaires sont invités à repartir avec les déchets qu’ils apportent, et particulièrement quand ils ne sont pas recyclables sur place.

Pour le reste, le site a ses bacs de collecte pour le tri (papiers, plastiques, bio dégradable…). Les urines sont recyclées sur place par un système de phytoépuration très efficace dans trois bacs où les plantes font leur travail avant de restituer à la nature une eau propre. Les matières fécales sont quant à elles lombricompostées et réutilisées une fois transformées pour les massif de fleurs.

Ainsi 100% de l’activité ou presque est réintégré dans les cycles naturels, où le déchet devient une matière première pour entrer dans un autre cycle… Un exemple d’économie circulaire.

Tout cela colle parfaitement avec l’objectif de réduire au plus bas l’emprunte écologique de l’homme sur place.

Et maintenant pour résumer – les pistes à explorer et mettre en oeuvre

Comme toujours, Bio Entrepreneur vous donne ses quelques conseils à appliquer suite à chaque article. Les voici pour celui-ci :

  1. Entrer dans l’économie circulaire via une maîtrise des déchets et matières premières utilisées pour votre entreprise. ça commence par le recyclage des papiers et encres et ça peut aller beaucoup plus loin.
  2. Tendre à l’autonomie (Finances, bâtiments, énergie, immobilier) même si ça peut prendre du temps, l’autonomie renforcera votre solidité et votre lien au tissu local. Elle diminuera le risque que l’on prend à travailler avec des personnes ou entités distantes.
  3. Réduire des écarts de salaire  (Sans forcément aller jusqu’au salaire unique), peut être très utile pour votre entreprise, notamment pour renforcer l’engagement et la confiance et le sentiment d’appartenance.
  4. Tester de nouveaux modes de gouvernance et de prise de décision, pour renforcer la cohésion d’ensemble, la responsabilisation des acteurs et l’adhésion au projet

Quels sont les 2 points qui vous paraissent le plus simple à mettre en place pour vous et pourquoi ? Dites le moi dans les commentaires ci-dessous.

3 Commentaires

  1. LUCIEN JEAN MARC

    Pour moi le 1 et le 2
    Le 4 parait plus long mais intéressant
    Le 3 mérite une réflexion sur sa réeelle utilité…et complexe à apréhender
    Petite remarque sur le 2 : l’autonomie renforcera votre degrés d’autonomie et diminuera donc le risque deux fois autonomie enlève du sens à la phrase
    Jean-Marc

    Réponse
    • Thomas Béguin

      Merci Jean Marc,

      Ces 4 points sont issus de mon observation sur place aux Amanins, ils ne s’appliquent pas forcément à tout le monde 🙂

      La question de l’écart des salaires, j’en reparlerai. C’est certainement plus simple à mettre en place dans un nouveau projet que dans une entreprises qui tourne déjà… mais je n’oublierai jamais que même Henry Ford, avait dit un jour qu’il ne fallait en aucun cas entrer dans un système où le rapport entre petits salaires et les plus hauts, serait supérieur à 15.

      Je crois moi aussi que l’écart doit être tenu raisonnable, car plus il est grand et moins nous avons de choses en commun, sans toutefois nécessairement aller jusqu’au salaire égal pour tous.

      Hors, aujourd’hui, nous sommes arrivé à creuser cet écart qui va de 1 à parfois 500, avec toutes les inégalités que cela crée et les dégâts qui vont avec.

      Bref, à méditer

      Réponse
  2. Jean-marc LUCIEN

    Cher Thomas, j’ai besoin de te joindre et…j’ai égaré ton email )-;
    Je voudrais rentrer en contact avec le responsable des Jardins de Cocagne qu’on avait rencontré aux Amanins pour le projet sur lequel je suis engagé sur Nantes et qui d’ailleurs pourrait aussi t’intéresser…
    Amitiés
    Jean-Marc

    Réponse

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